D’une demande très ponctuelle à propos du Château de Nieul, à une approche plus générale.

Au début des années 80, Jacqueline Chardon-Lejeune et Jean-Claude Caffin, membres du comité d’animation culturelle (CAC) de la commune de Nieul, proposent aux habitants et visiteurs du bourg nombre d’activités culturelles : expositions, théâtre, musique dans le cadre du parc et du château. Ils souhaitent mieux en connaître le passé et s’intéressent en particulier aux vitraux et cheminées du château de Nieul. Petit à petit, cet intérêt va s'élargir à l'histoire du canton, et bientôt de ses alentours.

Origine des recherches

Les vitraux du château peuvent comporter des indications sur la date et le lieu de leur réalisation : XIVème, XVIème, XVIIème siècle, Allemagne, Suisse alémanique. À quelle occasion sont-ils arrivés à Nieul ? Quand ? Par qui ? Telles étaient les questions posées à l’époque.

 

 

À gauche, représentation de sainte Catherine d’Alexandrie. À droite, plusieurs scènes sont représentées : deux écus accolés au centre surmontés d’une crosse et d’une mitre. Dans les angles supérieurs : un saint franciscain tenant une crosse et un homme et son fils mort dans un berceau.

 

 

 

La cheminée située au rez-de-chaussée du Château, dans l’actuelle bibliothèque, évoque, par ses motifs Renaissance et la salamandre de François Ier, la période où les Montchenu étaient seigneurs de Nieul. Elle est 
constituée d’éléments décoratifs de deux
 provenances très différentes : les jambages semblent d’origine
 méditerranéenne et du début de la Renaissance (Italie, début XVIème siècle ?) ; le manteau est probablement flamand ou allemand du  XVIIème siècle et porte des armoiries à identifier.

 

1ère période – Les années 80

Solange Vincent-Redon ancienne responsable d’un service de documentation, plus spécialement chargée des archives et des relations extérieures prend sa retraite.

Comme tous « les exilés » elle a toujours suivi de près les nouvelles du pays. J.C Caffin et J. Ch-Lejeune lui demandent d’aller à la recherche de l’histoire de ces vitraux (et cheminées) à partir de leur lieu de conception et les circonstances qui les ont conduits à Nieul. Commence alors une quête auprès de différents services ou associations.

Et en premier lieu auprès de la DRAC
 (Direction régionale des affaires culturelles) qui termine l’inventaire du canton (Mme Celer, M. Robinne), les Archives et M. Decanter, la Société Archéologique et Historique du Limousin et la somme de ses articles anciens et récents, (M. Bonnaud et M. Perrier toujours prêts à donner informations et conseils).

Le mystère est encore loin d’être levé… par contre découverte de nombreux autres sujets, s’intéressant à Nieul et ses environs et pour lesquels les documents ne manquent pas.

Il en est ainsi par exemple de l’intérêt porté depuis le milieu du XVIIIème siècle aux idées nouvelles concernant l’agriculture.

M. Mahaut, maire et conseiller général souhaite la réalisation d’un ouvrage sur le sujet. La décision suivante est prise : une publication (et par la suite toute publication) comportera un choix de documents significatifs accompagnés d’une courte présentation.

À l’époque l’ensemble le plus important en notre possession concernait l’œuvre abondante et variée de Jacques–Joseph Juge de Saint-Martin. Il sera complété par des recherches auprès du Muséum d’histoire naturelle, de l’École Nationale d’Horticulture de Versailles et de quelques archives venant de la famille. Des extraits des différents sujets qu’il a traités sont choisis. Il s’agit pour la plupart de documents déjà édités avant, au cours de la Révolution, et quelques fois après, mais devenus inaccessibles au grand public. La maquette de « Saint Martin du Fault au pays de l’arbre et de l’eau » estavalisée par Paul Ardant et Hubert Veyriras, spécialistes en lamatière et autres personnes d’un comité de lecture : MmesBrillard, Foussat, Kovalewski, Magadoux, Moreau, Roche, Veyriras, MrsLandaud, Riffaud, Roumilhac.

Ainsi d’un sujet très particulier concernant le château de Nieul, nous passions à un sujet beaucoup plus général, l’agriculture, dont les expériences avaient été réalisées sur notre territoire, et pouvaient être également valables pour le Limousin.

 

Ci-dessus un extrait de l’ouvrage de Jacques-Joseph Juge Saint Martin,

« Traité de laculture du chêne, contenant les meilleures manières de semer lesbois, de les planter, de les entretenir, de rétablir ceux quisont… des arbres champêtres et de leur produit, 1788″.

1986 :

La brochure est éditée, présentée au château de Nieul, elle obtient un vif succès auprès de ceux qui s’intéressent à l’histoire locale.

Ci-contre : Armes de la famille Juge de Saint-Martin :« d’azur à une main mouvante du flanc senestre tenant une épée en pal qui supporte le fléau d’une balance à deux bassins d’argent », extrait de : Saint-Martindu Fault au Pays de l’Arbre et de l’Eau.

À l’époque notreprojet est de s’attacher dorénavant, à la chronologie del’histoire, et donc de faire paraître « Le canton de Nieul au temps de la Gaule », qui devait être suivi de « Saint Eloi et les Mérovingiens ».

Bien évidemment Saint-Gence occupait une place de choix dans le premier.

Le docteur Thouvenet esprit curieuxdans tous les domaines (il correspond avec Pasteur, écrit un ouvrage sur les maux des ouvriers de la porcelaine), se passionne pour les orchidées les plus rares, mais aussi pour ces objets découverts au cours de travaux agricoles dans la commune et rassemblés dès 1857. Certains lui seront donnés en règlement de ses honoraires. Malheureusement le lieu de leur trouvaille n’avait pas été relevé. Il entreprend de poser des questions sur l’origine des amphores, lampes à huile… sur le terrain dit « Camp de César ». De nombreux articles parus au début du XXème siècle dans leLimoges illustré attirent l’attention des lecteurs sur leur importance. Puis viendra une époque de fouilles organisées. L’ouvrage qui devait paraître fin 87 ne le sera pas en raison de circonstances imprévues.

Le comité de lectures’est étoffé et constitue désormais le groupe Mémoire de Nieul au sein du CAC. Parmi les nouveaux arrivants, Albert Thomas, l’un des piliers de notre recherche, aujourd’hui disparu, et son épouse. Deux étudiants sont aussi des nôtres : F. Deville et JF Coudert.

1987 :

Premièresortie, à Limoges, de Mémoire de Nieul pour l’exposition : «Des Gaulois à la Renaissance en Limousin» commentée par Jean-Michel Desbordes (DRAC).

Visite de l’exposition de Solignac : «Céramiques funéraires du Limousin».

Première conférenceà Nieul : «De Rochechouart àFontainebleau Dieux et Héros de la Renaissance», par Ivan Cloulas, Conservateur Général aux Archives Nationales.

L’une des premières fresques de la Renaissance en France se trouve au château de Rochechouart. Des diapositives du château de Rochechouart, de Nieul et de Fontainebleau sont largement commentées.

 

 

 

1988 :

La chronologie historique choisie précédemment va être abandonnée au profit dela commémoration d’un événement régional, national, européen, chaque fois que les documents en notre possession le permettent…

Enprévision du bicentenaire de 1789, recherche de documents sur leXVIIIème siècle pour compléter ceux que nouspouvions déjà avoir.

En ce qui concerne la première moitié du siècle, des archives privées relativement importantes nous avaient été prêtées pour les paroisses de Saint-Gence et de Peyrilhac. Ainsi en est-il des documents du moulin du Theil et autres, communiqués par Pauline Magadoux et Marcel Lenfant pour Saint-Gence ; par M. Pabois pour Peyrilhac. Par contre, il s’agit essentiellement de documents provenant des Archives du Rhône pour Conore, ou des Archives de la Haute-Vienne en ce qui concerne le château de Nieul.

 

Pour la période révolutionnaire, desdocuments se trouvent là où on ne les attendait pas…

C’est en principe aux Archives Départementales que nous pensions consulter les registres concernant cette période pour nos différentes communes. C’est bien là que nous avons pu découvrir le relevé complet des délibérations du conseil municipal de la commune de Saint-Jouvent, et grâce à M. Faucher en recevoir le film et une copie intégrale.

Pour Saint-Gence rien aux Archives. Cependant Mémoire du Canton avait pu récupérer une copie complète de ce document faite par le Curé doyen de Nieul (à la fin des années 30 et au cours des années 40). Quel but avait-il ? nous l’ignorons. Toute sa vie active passée à enseigner, vivement intéressé par l’histoire locale qu’il publiait dans le journal paroissial, peut être avait-il réalisé cette copie en vue d’un article futur ? Peu importent ses raisons. Grâce à lui, et après celles de Saint-Jouvent ce sont les délibérations de Saint-Gence les plus complètes de celles qui peuvent être lues, dans notre brochure « Le canton de Nieul au temps de la Révolution ».

C’est donc par l’intermédiaire du curé Goursault que vous pouvez suivre de délibération en délibération la suite de ces journées fondamentales. Peut être s’intéressait-il particulièrement au parcours du curé de l’époque, signataire du serment de fidélité à la constitution, procureur de la commune, mais toujours attaché à sa prêtrise et à son ministère.

L’original du document existe-t-il encore ?

En ce qui concerne les délibérations des municipalités des autres communes du canton, elles sont plus tardives, ou même, n’ont pu être retrouvées.

1989 :

Deux ouvrages paraissent au cours des deux premiers trimestres : « Les 7 paroisses ébauche du canton de Nieul »  ;« Le canton de Nieul au temps de la révolution ».

En raison de la longueur de la recherche, d’autres archives, essentiellement d’ordre militaire, et venant en premier lieu des Archives de l’Armée de terre au Château de Vincennes seront publiées dans un ouvrage ultérieur intitulé « 50 ans de vie locale : 1780-1830 ».

Une seconde période s’ouvre alors.

En raison de l’importance du patrimoine à explorer et des résultats précédemment obtenus, le groupe Mémoire de Nieul prend son indépendance, et est déclaré association loi 1901, sous le nom de « Mémoire du Canton de Nieul », enregistrée au Journal Officiel d’août1989 (lequel précise déjà de façon prémonitoire : « et de sa région »…)