Saint Eloi

Parmi les personnages connus de notre territoire, le plus populaire est évidemment saint Eloi. Mais en dehors du nom évocateur d’Eloi, que d’erreurs manifestes peuvent être faites. C’est ainsi que pour les 70% d’un groupe de personnes interrogées, il aurait été le bouffon de Dagobert.

Eloi est né vers 588 à Chaptelat. Sa vie est connue grâce à l’hagiographie Vita Eligii de Saint Ouen.

Ainsi que nous l’avons indiqué précédemment plusieurs noms de lieux de Chaptelat évoquent les mines d’or. Ces mines d’or qui avaient été exploitées par les Gaulois ont été abandonnées pour diverses raisons, puis ont été reprises à différentes époques. Il n’y a pas de preuve formelle d’exploitation au Haut Moyen Âge, mais un faisceau de preuves indirectes qu’utilisent aussi bien ingénieur des mines qu’archéologue ou chercheur (tel que le nombre important d’ateliers monétaires :  » on en comptait paraît-il près de 80 en Limousin » et autres preuves). Ce renouveau d’exploitation serait la raison du choix d’Eucher pour son fils, et Béatrice Cauuët d’écrire : « Au cours de cette période du Haut Moyen Âge (Vème-VIIIème) l’orfèvre Saint Eloi natif de Chaptelat aura vraisemblablement fait école et redonné le goût de la mine à ses contemporains. Puis à nouveau ce sera l’oubli jusqu’à la redécouverte… »
Eloi aurait été envoyé par son père comme apprenti d’Abbon orfèvre monétaire à Limoges.

Pourquoi son nom est-il aussi connu ?
À l’occasion d’une exposition, Jean-René Gaborit, conservateur général en charge du département des sculptures au musée du Louvre nous disait que rares sont les saints qui peuvent se réclamer comme lui d’une activité professionnelle ou artistique et de la qualité exceptionnelle de ses travaux. (voir Archives)

« Eloi est ainsi devenu l’incarnation de « l’orfèvre du Haut Moyen Âge », paré de toutes les vertus et rompu aux techniques les plus subtiles, auteur non seulement des tombeaux d’orfèvrerie des plus grands saints du royaume et d’objets liturgiques, mais aussi de pièces profanes…les parures d’apparat et les bijoux des souverains mérovingiens, ou même ses bijoux personnels… »
À cette époque, l’orfèvrerie religieuse et l’orfèvrerie profane puisent dans les mêmes inspirations et techniques.

Parmi les oeuvres dont on a conservé un souvenir précis figure une grande croix : Dagobert donna l’ordre de faire une grande croix d’or pur et de gemmes du plus… haut prix. Eloi décora merveilleusement cette croix… et nos plus modernes orfèvres ont coutume d’affirmer qu’on trouverait difficilement aujourd’hui un homme… capable de se familiariser avec la pratique de cette technique délicate de lapidaire et de sertisseur.

Cette croix fut détruite à la Révolution mais étant donnée sa renommée, un morceau en fut prélevé à titre d’échantillon (10×10 cm) qui démontre un travail remarquable et d’une extrême délicatesse. Elle était haute de près de deux mètres et très étroite. Toute la surface de la croix, sur les deux côtés, était entièrement couverte d’un réseau de cloisons d’or qui sertissaient des morceaux de verres plats de couleur « ressemblant à hyacinthes, grenats,émeraudes, saphirs… ». La couleur dominante de ce fond d’orfèvrerie cloisonnée était un rouge orangé, rompu par quelques touches de verre vert et bleu. La subtilité de cette technique montre un travail entièrement à jour, qui forme une sorte de vitrail. Ce vitrail d’or était appliqué sur les deux faces de la croix. Par ailleurs, on lui doit la croix ancrée, association harmonieuse de la traditionnelle croix chrismée et d’un oméga renversé.

Hormis son talent artistique, Eloi a une fonction financière : directeur de l’atelier du palais, monétaire de plusieurs ateliers, surintendant général des monnaies. À cette occasion est contrôlé dans tout le royaume le titre et le poids des espèces fabriquées. Au début de ses fonctions le titre est particulièrement faible, après une hausse sensible, celui-ci reperdra de sa valeur.

Ministre des finances particulièrement rigoureux, son nom est parfois utilisé dans le secteur financier.

Médaille de la confrérie des numismates et médaille de la monnaie de Paris.

Avant d’être homme d’église, il fut aussi un homme d’état :
« Il a aidé deux rois mérovingiens unificateurs de la « France » :
Clotaire II et Dagobert à asseoir leur pouvoir » (S. Alexandre-Bidon).
C’est ainsi qu’il est envoyé en mission auprès du roi de Bretagne en perpétuel conflit avec le roi de France. Eloi revient à Reuilly accompagné de Judicael pour célébrer une paix définitive.

Eloi est le fondateur de plusieurs abbayes (voir Ordres religieux et abbayes prestigieuses).

Il est le patron de multiples métiers :
– Artisans et ouvriers du métal.
– Mécaniciens de l’armée de terre, de l’air ou de la marine.
– Métiers de la santé : des hôpitaux portent sans nom.
– Les vétérinaires.
– Les agriculteurs se réclament de lui.

Les confréries et leurs nombreuses images figureront au cours du thème : Activités d’hier et d’aujourd’hui.

Triptyque de Saint Eloi
église Saint-Eloi, Crocq, Creuse, Limousin.
Extrait de Légende dorée du Limousin, photographie de Philippe Rivière.

La naissance d’Eloi.

Nobles passants ouvrés votre mémoire                                     Conséquament dessus est l’effigie
lisés icy la souveraine ystoyre                                      coumant un myre [devin] vivant de saincte vie
de sainct Eloy et tout premièrement                                           lui déclara bonnement vérité
sa mère vit ung grand commandement [déclaration]            qu’(u)ng noble sainct par elle est enfanté
Advis [vision] lui fust une grand aigle veoir                             Lequel sera noblement revêtu
qui d’aprocher d’elle faisoit devoir [hommage]                       tout son vivant de grâce et de vertu
une grand peur luy fist quant l’aperceut                                   humainement la dame conforta [réconforta]
et fust le soir que sainct Eloy conceut                                       qui sainct Eloy par miracle enfanta.

Eloi orfèvre recevant la commande d’une selle par Clotaire II et sa réalisation.
Charité de Saint Eloi et guérison des malades.

 

Au quinzième an fust fort scavant en lectre                    Au noble sainct ce noble Roy françoys
ce neautmoings de mestier le vont mectre                      fist délivrer de l’or ung certains poys
par le conseilh des parans et amys                                    pour assortir la celle richement
sainct Eloy fust chez un orfebvre mys                              ung grand mir(a)cle ont vit évidemmant
Un roy françoys à son maistre coumanda                       Deux selles fist dont fust fort estimé
de tr(è)s fin or faire une selle grande                                poysant chascune autant que l’or nommé
lequel n’oza cette selle pourtraire [dessiner]                   récompa(n)ce fust du Roy au dit lieu
mais sainct Eloy présenta pour ce faire                            mais le bon sainct le doune tout pour dieu.

A priyer dieu estoit tout son estude
et bien souvent prenoit solicitude
de visiter ceulx où avoient maladie
en leur dounant pour sustanter leur vie
Or et argant affin deulx mieulx no(u)rrir
et cy mectoit peyne de les guérir
par la vertu de sa grand saincteté
beauco(u)p de gens recouvroint leur santé.

Du sacre de Saint Eloi à sa mort.

Le bon prélat de Noyon trepassa                          Ayant vescu selon dieu et droiture
du clergé lors chascun se confessa                       payer convint le tribut de nature
et vont pryer Jésus le Redempteur                       il trespassa de chascun regretté
les inspirer d’eslire ung bon pasteur                    là furent faicts miracles quantité
Tous d’une voix et d’une ferme foy                      Or le pryons chascun dévôtement
eslire vont le noble sainct Eloy                              que vers le dieu régnant au firmament
et puys après en grand solempnité                       veuilhe impétrer [obtenir] de nous donner sa grâce
il fut sacré prélat de la cité                                      et à la fin emprès [auprès] de lui nous place.

Remarques sur la vie de saint Eloi par Jacques Levasseur, érudit et littérateur. Mort à Noyon en 1636.

« Briefvement donc que je diray pour remarque de ce lieu (Chaptelat), que la ville de Limoges en laquelle Sainct Eloy fit ses apprentissages de piété et de sçavoir en sa profession, a été non sans raison appelé l’ouvroir et la boutique de la diligence et del’ergastule u prison de la fainéantise ; à cause qu’elle est le vray théâtre où le travail et les emplois jouent perpétuellement leur roller : comme à ’opposite des fainéants y ont toujours esté mal venus. ».

Extrait de l’une des hymnes du catalogue de l’abbaye Saint Martial, publiée par Charles Barthélémy, dans son édition du Rational de Guillaume Durand, 1854. Elle était chantée à l’office du jour de sa fête.

En l’honneur du Sauveur
Que notre âme et notre bouche
Chantent un cantique d’allégresse.
Il honore ses saints
Et leur donne la récompense de leurs vertus,
En les couronnant de gloire.

Que tout l’univers se réjouisse
Et vénère, dévotement le bienheureux Eloi,
Dont la foi, dont la vie brilla comme un diamant,
A la face des nations….

Les images qui suivent montrent la présence de Saint Eloi en France et dans le monde :