Nouvelles éphémérides 1837 par le Comte de Villelume

« Précis sur les principaux châteaux anciens et modernes, maisons de campagne du département de la Haute Vienne » (Nouvelles éphémérides du ressort de la Cour royale de Limoges pour l’année 1837 par le Comte de Villelume.)

Canton de Nantiat :

Nous allons parcourir le canton de Nantiat où nous trouvons les ruines de quelques châteaux.

FREDAIGUE : demeure de la famille de Nantiat, situé au milieu d’un étang. On n’y communiquait que par une chaussée coupée par un pont-levis ; il reste quelques débris de cette demeure féodale dont l’onde limpide reflète les vieux murs festonnés de lierre.

Le CROS, au contraire, demeure ruinée, autrefois résidence de Mr le comte de Brettes, est sur une hauteur qui domine le bourg de Cieux et le vaste étang de ce nom.Cette belle nappe d’eau contenait autrefois des poissons que l’âge avait rendus prodigieux de grosseur. Les Augustins de Mortemart jouissaient du privilège de jeter quelques coups de filet dans la fosse quand l’étang tombait en pêche et confiaient ce soin à des bras vigoureux. Un jour de pêche, le père procureur, penché sur la chaussée, contemplait avec trop de joie peut-être une reine de l’étang qui se dirigeait vers le filet des bons moines. Suivant avec intérêt ses mouvements, il marmottait entre ses dents : « le père mangera la mère ! ». Non, s’écria le maître de l’étang, « c’est la mère qui mangera le père ! »…et le pauvre moine de voler dans la fosse boueuse. Grand procès là-dessus, terminé par une transaction par laquelle les Augustins de Mortemart renoncèrent à ce droit qui contrariait singulièrement les possesseurs de l’étang de Cieux. Le bourg contient quelques habitations dont celle de Mr Cantillon-La-Couture, membre du conseil général.

THOURON : Parmi les constructions modernes de l’arrondissement de Bellac, le château de Thouron tient un des premiers rangs. Ce bel édifice a remplacé les masures d’une vieille demeure de ce nom appartenant anciennement à la famille Faucon, plus tard à celle du Peyrat qui bâtit le château moderne, ensuite possédé par Mr Eudel, aujourd’hui résidence de MM de la Guéronnière. L’ancien château était un manoir important qui fut honoré de la visite de deux rois de France : Charles VII et Louis XI . Le nouveau est une des demeures les plus élégantes du pays ; on y monte par un très bel escalier extérieur en forme de fer à cheval avec une rampe bien travaillée ; les appartements, les jardins, le parc, en font un séjour remarquable. Il domine la forêt du même nom ; les chemins qui l’avoisinent sont d’un abord un peu rude et s’il est difficile d’arriver à Thouron, le bon accueil qu’on y trouve rend plus difficile encore d’en sortir.

Les Mas de THOURON : Dans la même commune, ils appartiennent depuis fort longtemps à la famille du Peyrat-des-Mas ; on y a fait des embellissements et planté un jardin anglais.

Les LEZES : appartiennent à Mr Buisson ; dominent l’étang de Conore et la route de Poitiers ; les jardins en sont beaux et les eaux abondantes.

VAURY, au pied des montagnes de Blond est une ancienne résidence de MM de Marsange, aujourd’hui à Madame de Chateauneuf ; les bâtiments en sont considérables. Assez près du bourg de Vaury, on trouve le lieu de la fosse profonde où sont les traces d’une ancienne mine d’étain dont on a de nos jours renouvelé l’exploitation. La Petite et la Grande Garde appartiennent à M Duclou et Melles de Nantiat ; la Petite Garde est agréablement entretenue.

Le BREUIL-au-FA : Le bois des Fées possédait un petit castel appartenant à une commanderie de l’Ordre de Malte dont dépendait l’étang de Conore. On y voit aussi le Repaire appartenant à la famille de Château-Morant. Si la belle Diane de Château-Morant l’habita, elle était peu difficile sur l’agrément des résidences.

LERAULT, demeure de MM de la Châtre est dans la commune de Roussac, à l’entrée de la forêt de Rancon.

CORIGE est une habitation nouvellement restaurée par les soins de M le vicomte de Villelume ; la vue et la position en sont agréables. On trouve aux environs, des poteries et des médailles qui annoncent une origine romaine.

JUNIAT, résidence de la famille de ce nom, est situé dans la même commune entre des bois et des étangs.

MORCHEVAL et LE BATIMENT, l’un et l’autre dans la commune de Chamborêt, appartenaient à la famille de Villelume. Mr Forgemol possède aujourd’hui Morcheval, sur la route de Poitiers. Le Bâtiment, encore à M de Villelume, possède les débris d’un très ancien château. On y voit les traces d’une chapelle catholique et d’un temple protestant élevés par deux époux appartenant à ces deux communions différentes.

BERNEUIL : Le bourg contient quelques antiquités. M Noualhier, ancien maire de Limoges, y possède une jolie maison de campagne sur le bord de la route royale de Poitiers. Le château de Fraisse situé dans la même commune, sur les bords du Vincou, appartient depuis longtemps aux vicomtes de St Georges. Une des dernières dames de cette maison est issue de la famille Couet- Lusignan et serait, d’après les traditions (légendes), la dernière descendante de Mélusine. L’ancien château de Fraisse, qui portait sur une de ses tours la date de 1000, a été détruit pour faire place à une habitation moderne dans un site fort agréable.

COMPREIGNAC : commune du canton de Nantiat, possédait un château à la famille de ce nom ; elle contient plusieurs jolies maisons de campagne, ; celles de MM de Compreignac, des Flottes-de-Fombesse, de Villemoune.

ST SYMPHORIEN : le bourg fut il y a peu d’années, le théâtre d’un événement sinistre : un monstre, dans une seule nuit, en brûla une partie considérable, tua plusieurs habitants et termina par le suicide de son exécrable existence.

Canton de Nieul

Si le lecteur n’est pas fatigué d’une course déjà longue, le canton de Nieul lui présentera quelques demeures assez remarquables. Le château de M de Boucheron, chevalier de St Louis, lui offrira un manoir féodal rajeuni par les soins d’un goût plus moderne. L’amateur des souvenirs du Moyen-âge y trouvera des prisons, des oubliettes, une immense salle antique (NB 2016 : ce serait une salle différente de la salle d’honneur actuelle…).

NIEUL, baigné par un vaste étang, est une habitation fraîche et bocagère ; elle appartint autrefois à une famille protestante qui, lors de la révocation de l’édit de Nantes, la vendit à la famille Texandier-Losmonnerie. MM du Boucheron l’ont considérablement embellie ; la chute des eaux a été utilement employée à des usines et mécaniques (moulin, filature) ; enfin, une grange-modèle s’élève près du château dont les environs sont cultivés par les meilleurs procédés agricoles. M. Brissaud, ancien maire et M. Nouailhier ont construit des maisons de plaisance dans le bourg de Nieul ; M Nouailhier possède aussi l’antique demeure du Puymaud dans une situation pittoresque qui domine le cours de la Glane. M Juge-Saint-Martin, maire de Limoges, possède St Martin et Boubaud, séjours ornés des plus belles plantations par les soins de deux générations successives. On doit les considérer comme « le berceau de l’agriculture forestière en limousin ». Un tombeau, surmonté d’une croix de fer, prés St Martin, contient les restes de l’auteur du livre sur la culture des arbres ; il repose sous les chênes que sa main aimait à cultiver, dans le cèdre inaltérable comme le souvenir d’un homme de bien.

L’habitation de MEJEAS fut de nos jours, le théâtre d’un événement qui semble appartenir à d’ autres époques. Un fils fut pendant dix-sept ans plongé par son père dans un humide cachot. Arraché de ce triste séjour où le hasard l’avait fait découvrir, il ne survécut que peu de temps à sa délivrance. Il avait perdu l’usage de la parole, ses ongles et ses cheveux avaient crû d’une manière effrayante.

Tournons les yeux vers des lieux plus riants, allons visiter BACHELLERIE. M de Vaucorbeil, chevalier de St Louis, son possesseur, porté par l’orage des révolutions dans des contrées étrangères, trouva en Suisse un accueil distingué. De retour dans son pays, il attira chez lui des familles suisses qui, des environs de Fribourg, vinrent avec leurs chevaux, leurs instruments de labourage. De jeunes filles aux longs cheveux nattés chargeaient en chantant les lourds chars de foin et les échos répétaient les airs si chéris des enfants de l’Helvétie. D’autres bons procédés agricoles sont en honneur à Bachellerie où l’on cultive si bien les arts et les vertus.

La commune de ST JOUVENT contient aussi la jolie demeure de BOISSE autrefois à la famille Faucon, plus tard à celle de Génébrias, aujourd’hui résidence de M François Pétiniaud-Champagnac. Situé dans une contrée très bocagère, sur le bord d’un étang, Boisse a été singulièrement embelli par des plantations bien ordonnées qui font honneur à l’ingénieur et l’environnement d’un parc assez étendu, varié par des prairies et des bois. Peu d’années ont procuré à ce séjour beaucoup d’embellissements et beaucoup de charmes.

Les environs de Peyrilhac sont riches en maisons de campagne. Le Breuil à la famille de Bruchard ; Le Queyroix à M Montluc-de-Larivière ; et Vaugoulours habité par Madame de Gallicher, sont d’agréables résidences. La MOTHE, vieux séjour de la famille de Brettes, est habité par Madame Mathis. Le lieutenant-général Bardet en occupait une partie. Le PUYDIEU dans la même commune, depuis à M de la Panouse, a offert pendant quelques années une circonstance bizarre ; personne n’en connaissait le (ou la) propriétaire.

La commune de Veyrac avait un vieux château dont il ne reste que des ruines ; il appartenait à M de Bollet. La forêt de Veyrac et l’habitation contigue ont pour propriétaires MM Baillot d’Etivaux. La COSSE, demeure de M du Châtenet, chevalier de St Louis, est une des habitations élégantes et régulières des environs de Limoges. Le MASBOUCHER et la CHASSAGNE appartiennent à la famille de Lostende ; Le Buisson et le Grand Moulin à M de Lisle ; Bondy à Madame de Saint-Cyr. Près le chemin de Limoges à Mortemart, vous verrez quelques débris de l’ ancienne Abbaye de Boeuil connue dès le onzième siècle et dont Ranulfe-de-Nieul, abbé du Dorat, fut le fondateur. Quelques cloîtres, une Eglise en ruines, des bois et des étangs solitaires, voilà ce qu’il reste de ce vieux monastère qui ne contenait qu’un seul moine au moment de sa suppression.

Pour terminer notre excursion dans le canton de Nieul, nous trouvons, dans la commune de Chaptelat, une maison agréable : BLEMONT, avec le vaste étang de Fontbesse, appartenant à M le conseiller Garraud et le village de SOUS-RUE qui a donné naissance à St Eloi, argentier et conseiller du roi Dagobert ; ce fut le fondateur de l’Abbaye de Solignac. Mme veuve Mantin possède à Sous-rue une maison de campagne. Les MONTS, vieille demeure fortifiée, appartenait autrefois à la famille Dorat, aujourd’hui à MM Duras.