La place de la religion dans les livres de raison

Contrairement à d’autres livres de raison, notamment celui de son illustre beau-père Etienne Besnoit, « les papiers », amputés de quelques feuillets,  Psaumet Péconnet ne parle que peu de religion, sinon pour servir son ascension sociale…il faut cependant dire que les ambitions ne sont pas les mêmes.

Psaumet ne se soucie pas de la protection divine pour lui ou les siens. Sa seule gloire est le mariage avec une femme d’une des premières familles de Limoges et a hâte de l’écrire. Il mentionne le nom de l’église, contrairement aux Benoist qui ne la cite pas : il s’agit de Saint-Pierre du Queyroix (église paroissiale de la haute bourgeoisie de Limoges et des beaux quartiers du centre de la ville, dans lesquels, logé chez ses beaux-parents, il vivra désormais).

La naissance de ses enfants est une occasion pour Psaumet Péconnet de mettre la vie religieuse au service de ses ambitions sociales et surtout d’intégration dans sa nouvelle famille.

Il choisit leur parrain ou leur marraine principalement chez les Benoist (ils les nomment « frère ou soeur ») ou dans les grandes familles alliées de celle-ci.

La mort prématurée de certains de ses enfants lui permet également d’asseoir sa position au sein de la famille des Benoist. Il n’y a pas d’oraison, ni de méditation, néanmoins il précise l’endroit où ils sont enterrés : dans le tombeau de Paule Aubier, femme d’un Benoist, qu’elle a fait construire en 1434 devant l’église de Saint-Pierre du Queyroix. « Devant le grand portail » , ne manque-t-il pas de préciser (un tombeau et un emplacement de prestige est une source de promotion mortuaire pour les Péconnet, mais pas encore la chapelle des Benoist).

Ces notes ne font pas forcément de Psaumet Péconnet un horrible personnage, mais montrent comment, par la vie religieuse, des petits notables entrent dans le milieu des plus importantes familles. Les mentions portées dans ces livres ne nous fournissent pas tous les éléments pour comprendre la vie religieuse de ces notables, des lacunes existent. Les informations concernant leur pratiques ne sont pas citées, sans doute parce que les auteurs de ces livres pensent qu’il est inutile de mentionner par exemple leur participation aux messes. Les faits nouveaux et exceptionnels sont les seuls à être transcrits (Cela variant d’un livre à l’autre, suivant le milieu et la qualité du rédacteur).

Jean Tricard, Livres de raison, chroniques, terriers…les passions d’un médiéviste, éd. Pulim, 2007, pages 211 à 227.