"L’Ecole Stagiaire de Chaptelat" des élèves-insituteurs

Pendant 25 ans, l’abbé Rousseau aidé d’un, puis de deux, et enfin de trois adjoints, formera ainsi plus de 400 « maîtres » au point qu’en 1875, pratiquement tous les instituteurs de la Haute-Vienne étaient sortis de l’Ecole Stagiaire de Chaptelat comme l’appelait quelquefois son propre directeur.

Sans négliger ses autres attributions, il fonde un pensionnat qu’il baptise « Pensionnat d’Eloi » (il comptait soixante pensionnaires en 1870) en faisant agrandir la maison, toujours conservée par sa famille. Mademoiselle Palmyre Chaste administre les cuisines, le réfectoire, le blanchissage, les dortoirs, etc…

Les salles de classe étaient situées dans le presbytère attenant à l’église et où habitait l’abbé Rousseau.

Maison de l’abbé Rousseau, Chaptelat. Ancien internat du "Pensionnat d’Eloi". Crédit photo Mémoire de Nieul et Alentours

Maison de l’abbé Rousseau, Chaptelat. Ancien internat du « Pensionnat d’Eloi ».

En plus de l’enseignement classique l’abbé Rousseau dispense à ses élèves, surtout ceux de l’école communale un enseignement agricole et leur fait faire des travaux pratiques ainsi que des observations sur le terrain.

Il avait en effet acquis quelques biens, outre le jardin de 3 ares 35 attenant à la cure, des prés pour 3 hectares, des terres pour 2 hectares 41, des « semis » 1 hectare 34 et des « bruyères » pour 5 hectares 57.

Très satisfait de son enseignement et des résultats obtenus, le Ministère de l’Instruction Publique et des Cultes, le fait Officier d’Académie le 21 juin 1856.

Abbé Rousseau est nommé Officier d’Académie en 1856, in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 6

Abbé Rousseau est nommé Officier d’Académie en 1856.

Entre temps, il obtient la « Mention honorable » le 7 novembre 1851 et la médaille de bronze de l’Instruction publique le 5 août 1854.

La santé des élèves était surveillée autant que possible à l’époque, témoin, cette note de frais médicaux :

Doit le département de la Haute-Vienne au soussigné, instituteur à Chaptelat :

  1. – pour une visite de M. le Docteur BOULAND au jeune GRANGEAUD Pierre,
    son élève-maître la somme de ……………………………………………………………………………………20F
  2. – pour 7 visites de M. COMPAIN Officier de santé………………………………………………………..42F
  3. – médicaments divers …………………………………………………………………………………………………8F
                                                                                                                         Somme totale ………………70F

    Certifié sincère et véritable le présent mémoire s’élevant à la somme de soixante dix francs.

Chaptelat, le 10 janvier 1864

                                                                                        ROUSSEAU

 

Le 2 août 1865 l’abbé Rousseau reçoit la Médaille d’Argent de l’Instruction Publique et le 15 août 1866 la Médaille d’Or. L’avant-veille de cette dernière distinction, le 13 août, le Ministre de l’Instruction Publique, M. Victor Duruy lui annonce que sur sa proposition, l’Empereur Napoléon III le nomme Chevalier de la Légion d’Honneur.

Il en est avisé par la Grande Chancellerie de l’Ordre Impérial le 25 août, qui délègue Me Jouhanneaud, lui-même Chevalier, Adjoint au maire de Chaptelat, pour lui remettre cette déclaration. Le procès-verbal de réception est signé par Me. Jouhanneaud le 28 octobre 1866.

Procès-verbal de réception "Chevalier de l’Ordre Impérial de la Légion d’Honneur", in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 7

Procès-verbal de réception « Chevalier de l’Ordre Impérial de la Légion d’Honneur ».

La vie de l’Ecole de Chaptelat se poursuit, ponctuée de petites cérémonies comme celle de la fête de l’abbé Rousseau, la Saint Célestin, où les élèves lui décernent le compliment suivant le 18 mai 1870 :

« Monsieur le Curé et cher Directeur,

C’est avec un plaisir bien vif que nous nous présentons devant vous pour vous souhaiter votre fête. Ce beau jour nous procure le double avantage de vous témoigner notre gratitude, de vous offrir nos sentiments les plus affectueux et d’implorer en même temps votre clémence pour nos fautes passées.

Trop souvent, hélas ! nous vous avons fait de la peine par notre étourderie, nous venons donc vous prier de vouloir bien nous pardonner nos légèretés et de les effacer de votre mémoire, car nous en avons un profond repentir.

L’année dernière à pareille époque, nos frères aînés ont fait les vœux les plus ardents pour votre prospérité ; nous aussi, Monsieur et bien cher Directeur, nous ne voulons pas être en retard dans l’accomplissement de ce noble devoir. Comme nos prédécesseurs nous vous désirons tout le bien que vous méritez pour les services que vous nous avez rendus. Puissiez-vous, comblé des bénédictions d’en Haut, couler en paix une vieillesse longue et heureuse ! Alors il vous sera donné de mettre la dernière main à l’oeuvre que vous avez si noblement commencée depuis près de trente ans.

Nous voulons dire par là que c’est votre zèle, votre dévouement et votre persévérance qui ont fait avancer progressivement notre département dans le sentier de l’instruction. Tout le monde reconnaît que ce sont vos efforts constants qui contribuent largement à faire disparaître cette teinte noire qui donne à notre Limousin un aspect si sombre. Et nous, encouragés par votre exemple, imbus de vos principes, nous nous efforcerons de marcher sur vos traces dans cette noble mais difficile carrière de l’enseignement où vous avez recueilli tant de palmes.

Oui nous ferons la guerre à l’ignorance, nous propagerons dans les campagnes les plus arriérées, l’instruction que nous sommes venus puiser à votre école.

Merci, mille fois merci de vos solides leçons et de vos bons conseils. Soyez persuadé que tous vos élèves sont heureux en ce jour de venir déposer à vos pieds leurs hommages, leur reconnaissance et leur affection.

Aujourd’hui, nous ne formons qu’une seule et même voix pour prononcer ces mots si doux à notre oreille et que nous répéterons toujours avec plaisir :

Vive Saint Célestin »