La fin de carrière de l’abbé Rousseau

De 1876 à 1898, l’abbé Rousseau ne se consacre plus qu’à Chaptelat.

A 66 ans, il ne désire ne plus se consacrer qu’à sa paroisse, aux enfants du Mas-Eloi et ai secrétariat de la mairie.

Il entame alors la réparation de l’église, particulièrement de la chapelle dédiée à Saint Eloi et, en octobre 1882, sollicite de Monseigneur l’évêque de Noyon (l’évêché comporte en fait Beauvais,Noyon et Senlis) le don d’une relique de Saint Eloi.

Dans la lettre ci-dessous, nous apprenons que la relique que détenait l’église de Chaptelat avait disparu 3 siècles auparavant :

« Chaptelat, le 26 octobre 1882,

Monseigneur,

L’église de Chaptelat, lieu de la naissance de Saint Eloi notre glorieux patron, a perdu la précieuse relique qu’elle avait de ce saint il y a environ trois cents ans d’après la tradition locale.

Aujourd’hui que nous réparons la chapelle et y plaçons un autel neuf, nous vous serions infiniment reconnaissants, Monseigneur, si votre grandeur voulait bien nous enrichir d’une relique de ce bon et bien aimé patron, pour lequel notre population et celle des environs ont une si profonde vénération. Mes paroissiens et leur pasteur en particulier vous en seront éternellement reconnaissants.

L’église de Chaptelat qui a donné à celle de Noyon, dans la personne de Saint Eloi, un grand artiste, un évêque, un apôtre et un saint vous bénira longtemps de lui avoir procuré un don si précieux en la relique de ce saint et d’avoir resserré par là les liens douze fois séculaire qui unissent l’église de Chaptelat à celle de Noyon sa sœur.

C’est avec un profond respect,

Monseigneur,

que je suis, pour la vie, votre tout dévoué et reconnaissant serviteur.

ROUSSEAU

Curé ».

Les détails de la disparition de la précédente relique à laquelle fait allusion l’abbé ne sont pas connus. On peut cependant penser que cette perte a eu lieu pendant les guerres de religion.

En effet, c’est à partir de 1567 (sac du Dorat par une armée protestante) que notre province eut à subir directement les méfaits des guerres de religion qui durèrent de 1562 à 1598, c’est-à-dire jusqu’à la proclamation de l’Edit de Nantes.

En 1568, les Huguenots pillent la ville et le monastère de Solignac, volent le trésor et brûlent les reliques.

L’année suivante, à la bataille de la Roche-l’Abeille, les armées protestantes commandées par Coligny (qui devait périr pendant le massacre de la Saint Barthélémy en 1572) et dont une unité était commandée par le Prince de Navarre (futur Henri IV) remportent la victoire sur les armées catholiques.

Nous n’avons aucune preuve du passage des Huguenots à Chaptelat, mais la disparition de la relique ayant bel et bien eu lieu, on peut penser que la peur engendrée par la présence des protestants dans la région ait incité des paroissiens à cacher la relique, laquelle ne fut jamais retrouvée.

Le 29 juillet 1883, l’évêque de Noyon fait parvenir la relique demandée par un rescrit dont nous donnons ci-dessous la traduction :

« Désiré Joseph Dennel, par la miséricorde de Dieu et l’autorité du Siège Apostolique, évêque de Beauvais, Noyon et Denlis.

Pour ceux qui liront ces lettres, nous attestons pour la plus grande gloire de Dieu et le Culte de ses Saints que nous avons fait don à l’église de Chaptelat, diocèse de Limoges en France, d’une des dents de saint Eloi, évêque de Noyon, prélevée sur des reliques authentiques : nous l’avons enfermée avec respect dans un linge de soie de couleur blanche, nous l’avons lié avec des fils violets et nous l’avons authentifiée de notre petit sceau, apposé sur de la cire de couleur rouge.

C’est pourquoi nous avons remis ce témoignage en faveur de la paroisse citée plus haut dont Saint Eloi, évêque de Noyon était originaire.

Donné à Beauvais, sous notre seing et notre sceau et le contre-seing de notre secrétaire épiscopal, en l’an du seigneur mil huit cent quatre vingt trois, le vingt neuf du mois de juillet.

+ Désiré-Joseph

évêque de Beauvais. N et S

Par Mandement. »

Rescrit de l’évêque de Noyon, 1883, in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 14

Rescrit de l’évêque de Noyon, 1883.

Cette relique (une dent de Saint Eloi) est alors « reconnue » par l’évêque de Limoges :

« François Benjamin Joseph Blanger

par la grâce de Dieu et du saint Siège apostolique

Évêque de Limoges,

-faisons foi, par la présente lettre de reconnaissance, pour, tous ceux qui la liront

-attestons pour la plus grande Gloire de Dieu, en vue d’augmenter la dévotion des fidèles envers leurs Saints et reconnaissons canoniquement cette sainte Relique, à savoir une dent de Saint Eloi, évêque de Noyon et Confesseur de la Foi, conservée dans un reliquaire en argent doré et orné de pierres précieuses

-afin qu’elle puisse être exposée à la vénération des fidèles dans les oratoires et églises de notre diocèse.

Donnée à Limoges le 13 février 1884

contresigné par Messieurs

Marévéry, vicaire général

et Henri Ardant chancelier ».

Reconnaissance de la relique de Saint Eloi par l’évêque de Limoges, in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 15

Reconnaissance de la relique de Saint Eloi par l’évêque de Limoges.

Relique de Saint Eloi dans l’église de Chaptelat. Crédit photo Mémoire de Nieul et Alentours

Relique de Saint Eloi dans l’église de Chaptelat.

Entre-temps, l’abbé Rousseau avait fait confectionner un reliquaire représentant un buste en bois de Saint Eloi, qui se trouve toujours sur l’autel qui lui est dédié dans la petite église de Chaptelat et qui est encadré de deux « vases d’église » en porcelaine portant le monogramme S E offerts par des paroissiens.

Autel de Saint Eloi dans l’église de Chaptelat. Crédit photo Mémoire de Nieul et Alentours

Autel de Saint Eloi dans l’église de Chaptelat.

A partir de ce moment, l’abbé Rousseau organise des processions qui avaient lieu chaque année au mois de juin et qui partaient de l’église (que la tradition veut avoir été construite à l’emplacement de la maison natale de saint Eloi) et se rendaient dans le parc de Sourue où existait une source.

Il est à noter qu’à la mort de l’abbé Rousseau, le culte de Saint Eloi et les processions se perdent. Ces coutumes ne seront reprises qu’après la guerre de 1939-1945 et ce n’est qu’en 1952 que le curé de Couzeix-Chaptelat demandera et obtiendra l’autorisation de l’évêque de Limoges d’une « ostension » septennale à Chaptelat. Tous les sept ans donc, à chaque ostension, la relique est « reconnue » et un procès-verbal est établi. Voici celui de 1967 :

Procès-verbal de 1967 reconnaissant la relique de Saint Eloi.

Procès-verbal de 1967 reconnaissant la relique de Saint Eloi.

Et voici celui de 1988 :

Procès-verbal reconnaissant la relique de Saint Eloi.

Procès-verbal de 1988 reconnaissant la relique de Saint Eloi.