Vers l’Ecole Normale

Mais la direction de l’école est lourde et les années s’accumulent. En juillet 1870 ; l’abbé Rousseau, qui a 61 ans, se plaint à l’Inspecteur d’Académie du peu de ressources de son école et souhaite l’établissement d’une école normale plus structurée et soutenue financièrement par l’Etat :

« Monsieur l’Inspecteur,

L’Ecole stagiaire de Chaptelat ne perd rien encore cette année de sa prospérité, elle a soixante pensionnaires, quarante externes et trois professeurs dont le savoir, le travail et la moralité ne laissent rien à désirer…

Cependant, Monsieur l’Inspecteur, je crois devoir vous dire que notre école, dont on reconnaît assez généralement les bons services depuis vingt ans, ne peut, abandonnée à ses seules et propres ressources, rendre d’aussi grands services qu’une école normale complètement organisée et mieux dotée par le Département et par l’Etat.

C’est pourquoi, dans l’intérêt de l’Instruction Primaire, j’appelle de tous mes vœux l’établissement d’une école normale (afin de) remettre entre des mains plus jeunes (…) que les miennes, le dépôt sacré que (j’ai reçu de vous) et dont je vous serai toujours (reconnaissant).

Rousseau.

Chaptelat, le 2 juillet 1870″.

Nous n’avons pas retrouvé la réponse de l’Inspecteur d’Académie mais l’enseignement se poursuit et l’abbé Rousseau va même jusqu’à écrire de sa main un modèle de lettre pour l’un de ses élèves sollicitant un premier poste d’instituteur :

« Monsieur l’Inspecteur

Je prends la liberté de venir solliciter de votre bienveillance une place d’instituteur adjoint dans votre département. J’ai toujours eu un goût particulier pour l’instruction, je crois que c’est ma vocation.

Si vous daignez, M. l’Inspecteur, m’accorder cette faveur, vous serez content de moi car je veux mettre à l’accomplissement de mes devoirs la somme de toutes mes forces.

C’est avec un profond respect, Monsieur l’Inspecteur, que je suis votre bien humble et tout dévoué serviteur.

Delhoume.

Chaptelat le 17 janvier 1871″.

Nous ne citerons pas les projets de sermons qu’il prononçait en chaire. Il est d’ailleurs très probable que l’abbé avait appris la langue limousine, encore très en vigueur à cette époque, afin de mieux communiquer avec ses paroissiens.

Pourtant voici un discours de bienvenue adressé à Monseigneur l’Evêque de Limoges en visite pastorale à Chaptelat, probablement après la défaite du 1er septembre 1870.

 » Monseigneur,

La paroisse de Chaptelat que votre grandeur daigne honorer aujourd’hui de sa présence est une des plus pauvres et des plus petites de votre vaste diocèse, mais elle n’en est pas la moins remarquable ; elle compte au nombre de ses enfants un grand apôtre, un grand saint, Saint Eloi qu’elle a vu naître et qu’elle a choisi pour patron.

Votre visite est pour nous, aujourd’hui, le sujet d’une grande joie, nous vous désirions depuis longtemps et ce jour, nous le compterons parmi les plus beaux de notre vie, tant nos sommes heureux de vous voir et de retrouver dans notre premier et bien-aimé pasteur les Vertus d’Eloi, sa douce Piété, sa grande Charité, son Zèle infatigable pour le salut des âmes.

Nous vous saurons gré toute notre vie, Monseigneur, d’être venu, malgré la mauvaise saison, nous apporter vos saintes bénédictions, et pour vous en témoigner notre reconnaissance nous unirons nos prières à celles d’Eloi notre glorieux patron pour demander à Dieu qu »il vous conserve longtemps à votre diocèse pour achever les grandes oeuvres que vous avez commencées, à la France humiliée pour l’aider à se relever de ses malheurs, à l’Eglise affligée, persécutée, pour en être une de ses plus fermes colonnes, une de ses plus vives lumières, une de ses plus belles gloires ».

Pour respecter l’ordre chronologique des documents retrouvés, voici un certificat de sa main, du 24 septembre 1871 :

Un certificat de la main de l’abbé Rousseau, in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 9

Un certificat de la main de l’abbé Rousseau.

Une lettre du 18 novembre 1871 à l’Inspecteur d’Académie pour réclamer un second professeur :

« Bien cher M. l’Inspecteur,

Vous avez eu la bonté, en attendant l’établissement de l’école normale, de me confier les élèves stagiaires et de me donner un professeur intelligent pour leur enseigner les parties facultatives. Je suis on ne peut satisfait de ce jeune professeur, les élèves sous sa direction font des progrès sensibles.

Cependant comme ils sont (nombreux) divisés en trois sections : ceux de première, de seconde et de troisième année, ce jeune homme, avec la meilleure volonté du monde et en employant la somme de toutes ses forces, ne peut suffire à tout. Pour un succès complet, un second professeur est indispensable.

Je vous prie donc, M. l’Inspecteur d’Académie, dans l’intérêt de l’instruction publique de ce département, d’avoir l’extrême obligeance de vouloir bien en faire la demande à M. le Recteur, il ne vous refusera pas, s’il le peut, une faveur si bien motivée et je vous en serai infiniment reconnaissant.

Quant à son traitement, vous connaissez ma position. J’ai une entière confiance en votre loyauté. J’accepte d’avance tout ce que vous ferez et je m’engage à lui donner tout ce que vous aurez jugé convenable et juste.

C’est avec le plus profond respect, Bien cher M. l’Inspecteur, que je suis, pour la vie, votre dévoué et reconnaissant serviteur.

ROUSSEAU

Directeur ».

Un autre certificat élogieux du 12 août 1872 :

Un autre certificat de la main de l’abbé Rousseau, in Le Curé de Chaptelat et son oeuvre pédagogique, 1993, page 10

Un autre certificat de la main de l’abbé Rousseau,

Le second professeur demandé arrive et voici le procès-verbal dressé par la municipalité de Chaptelat qui lui fait d’ailleurs prêter serment :

« Aujourd’hui le quatre novembre mil huit cent soixante douze dans la salle destinée aux délibérations du Conseil Municipal, devant nous, Mouriez Mathieu adjoint faisant fonction de maire de la commune de Chaptelat, a comparu Monsieur Léger Auguste auquel nous avons donné lecture d’un arrêté de Monsieur le Préfet de la Haute-Vienne qui le nommé aux fonctions d’instituteur adjoint dans cette commune.

Après cette lecture nous lui avons fait prêter serment de bien et fidèlement remplir les fonctions qui lui sont confiées et nous l’avons attaché dans ses fonctions, le tout pour nous conformer au vœu de l’arrêté du 1er octobre 1872.

De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal dont une copie sera expédiée à Monsieur le Préfet du Département.

A Chaptelat, le 4 novembre 1872.

Pour le maire

l’adjoint

MOURIEZ ».

Au début de l’année 1873, l’abbé Rousseau écrit au Préfet de la Haute-Vienne pour lui signaler l’injustice que constitue la suppression (et le remboursement) du traitement de l’année précédente de l’un de ses adjoints.

Il est intéressant de voir d’ailleurs le montant des traitements alloués aux instituteurs de l’époque.

« Bien cher M. le Préfet,

L’école stagiaire de Chaptelat que je dirige actuellement avec deux instituteurs adjoints se compose de 76 pensionnaires, dont 22 élèves-maîtres, 32 externes et 8 adultes pour la classe du soir. Le traitement du directeur est de 94 francs, produit des 3 centimes additionnels de la commune ; celui du 1er adjoint donné par le directeur est de 1.200 francs plus la nourriture et le blanchissage ; celui du 2è adjoint se compose des 600 francs votés au budget de la commune plus la nourriture et le blanchissage que le directeur lui accorde en sus.

Aujourd’hui, M. l’Inspecteur d’Académie me prévient que ce dernier traitement de 600 francs est supprimé pour 1872 parce que, dit-il, mon école est gratuite et que ni la commune, ni le département n’ont rien voté en vue de cette gratuité.

Je conviens, M. le Préfet, que la position de M. Mounier Charles, mon second adjoint n’est pas normale, mais je trouve exorbitant qu’on m’oblige à rendre un traitement qui a été voté et qu’on a reçu et dépensé depuis longtemps.

En conséquence je viens vous prier de vouloir bien intervenir auprès de M. le Ministre pour m’exempter de rendre cette somme ; ensuite de régulariser la position de M. Mounier Charles, mon second adjoint soit en faisant cesser la gratuité de l’école, soit d’une autre manière. J’accepte volontiers et d’avance tout ce que vous voudrez bien faire à cet effet.

Je vous en serai, toute ma vie, infiniment reconnaissant.

C’est avec le plus profond respect,

M. le Préfet

que je suis votre tout dévoué et reconnaissant serviteur.

ROUSSEAU ».