La correspondance de nos Poilus

La correspondance est presque exclusivement composée de quelques lignes, tracées à la hâte, au verso de cartes postales et utilisant souvent des tournures maladroites. Mais ces lettres et cartes, si elles ne témoignent pas d’un savoir livresque, ni d’une grande richesse d’écriture, montrent par contre la profondeur des sentiments exprimés.

Elles sont de plusieurs catégories : photographies de soldats, vues diverses (théâtre d’évènements, militaires photographiés avant ou après les combats…), certaines destinées à entretenir un sentiment belliqueux devant les destructions constatées, d’autres à soutenir le moral des combattants ou de leurs proches lorsqu’elles montrent de nombreux allemands faits prisonniers ou la destruction d’un zeppelin, prouvant ainsi que l’ennemi n’est pas invincible. D’autres aux couleurs tendres ont souvent pour illustration un Soldat et une belle Jeune Femme, un couple auquel il ne peut évidemment rien arriver…

Généralement écrites au crayon à mine qui s’est estompé, elles sont souvent peu lisibles. C’est le style parlé qui est utilisé, et le peu de place de la carte, est employé au maximum, ce qui ajoute à leur difficulté de lecture ; pour la même raison, le soldat passe souvent de façon abrupte d’un sujet à l’autre.

Pas ou peu de renseignements sur la guerre. C’est ainsi qu’il est conseillé par le combattant de se reporter aux journaux, pour en savoir autant que lui, présent sur le front ; résultat de consignes certaines, mais aussi désir d’éviter l’inquiétude de la famille. Bien souvent cependant le secteur peut être déduit de la carte postale elle même. Le soldat suit pas à pas épouse et enfants dans leurs diverses activités et leur prodigue ses conseils, il leur dit aussi ; ‘’ne porte pas ou ne portez pas peine’’.

Bien que les dates de départ et d’arrivée du courrier reçu semblent indiquer des durées de transport rapides – une lettre partie le vendredi est distribuée le dimanche dans les tranchées- le soldat déplore souvent le retard des nouvelles… Il semble évident qu’un courrier fréquent et régulier venant de ses proches, est encore le meilleur moyen pour permettre au combattant, de conserver le moral et que ce lien si fort, qui existe entre les membres d’une même famille, est essentiel pour leur survie.

Les cartes venant du front se retrouvent fréquemment dans les familles qui les ont reçues et ne s’en sont pas séparées, mais il est rare de retrouver celles qui partent du Limousin pour aller vers le combattant. Cela s’explique aisément : le soldat garde précieusement les photographies des siens ; par contre, il lui est plus difficile, de conserver un courrier souvent abondant.

Notons qu’à une époque où ce n’était guère l’habitude de les prononcer, les mots « je t’aime » ou « je vous aime » vont s’y retrouver fréquemment.

Vous pourrez lire des exemples de correspondance suivie dans les articles suivants : « Testament spirituel », Père et Fils dans les tranchées et Témoignages de deux soldats d’une même famille.

Dans les lignes qui suivent, un pèle-mêle de cartes ou lettres.

A la Fille

Mardi 22 juin 1915

dans l’attente du bonheur toujours possible de te serrer dans mes bras, reçois bien chère petite Marie Louise les meilleurs et les plus tendres baisers de ton papa. 

Henri Brodeaux

Ces deux petites filles sont de deux familles du village qui a eu le plaisir d’avoir la visite de l’ami Soudana qui a bien voulu me remettre cette carte lors de notre dernière entrevue. 

La carte postale en noir et blanc datée de 1915 d’un « coin de la Meuse » sans plus de précision, nous montre ses enfants « patriotes » devant le drapeau français. Il est à noter que le tout jeune garçon sur son tricycle est déjà doté d’un fusil.

La région et le désir de revanche s’expriment librement.

A la Mère

Sans en être absolument certains, il semble bien que les renseignements suivants correspondent à Jean-Baptiste Laplagne écrivant à sa mère.

 

Jean-Baptiste LAPLAGNE

Cheveux et sourcils châtains clairs ; yeux gris ; front bombé ; nez moyen ;
bouche moyenne ; taille 1m56 ; degré d’instruction : 3
arrivé au 138ème R.I., le 14 novembre 1898.
certificat de bonne conduite.
arrivé au front le 6 août 1914. 

« Nous partons pour une direction inconnue ; Mais ma chère mère, ne vous ennuyez pas, nous reviendrons ensemble. Vous reconnaîtrez celui qui vous aime et qui pense à vous. Laplagne. Vous garderez cette carte ».

Du père à Chaptelat, au fils à la guerre.

« Chaptelat le 18 janvier 1915

Cher fils on tecrie cette carte pour te dire que nous sommes en bonne santé, on désire que notre carte te trouve demême ; on n’a vu sur les journaux que les almands voulé rentrer a soisson ; tu a du être dan cette attaque ; il a du avoir du mal sy sont rentré ; pour les faire sortir il y en aura encore plus ; nous somme bien inquié de toi parce tu a bien du ti trouvé ; nous n’avons pa reçuedautre lettre depui celle que tu a fai le 11 jan. ; anfain fait du mieux pour toi ; fai nous savoir des nouvelles si tu peu ; bonne chance, bonne santé ton et à ta mère qui taime du fond du coeur ». 

A la Grand Mère

« Souvenirs d’Alsace mai-juin 1915

Ma chère Bonne Maman. je suis toujours en bonne santé. Vous verrez que je suis toujours le même ».

Quelques nouvelles destinées à une chère petite amie.

« Orléans le 18-3-1916

Chère Petite amie

Je viens de recevoir ta longue lettre. Je m’attendais à cette réponse je vois ma petite. que tu as bon coeur, mais ne t’ennuie pas pour moi ; les souffrances que je vais endurer, ne me font pas peur. chère amie je m’attends toujours à partir pour Versailles, nous sommes tous habillés de neuf et nous attendons le premier signal ; si tu voyais, nous ne faisons rien, on nous fais reposer quelques jours, pour nous le faire rattraper plus tard. Je m’attends à partir Lundi ou Mardi. Avant de quitter Orléans je me suis décidé avec quelques camarades de me faire photographier sur le terrain où nous faisions école, le long de la Loire. Je t’en envoi une pour souvenir. 

Ce n’est pas bien fait, nous étions trop au soleil, nos effets bleus Clair, on dirait qu’ils sont blancs. Je ne sais pas si tu me reconnaitras, le galon que j’ai sur le bras, c’est pour marquer ma blessure, tous ceux qui ont été blessés ont cette insigne. Enfin ma Chérie, je vais te quitter pour aller me coucher, il est 8 heures, je vais te dire de ne plus m’écrire ici. 

J’aurais des chances d’être parti ; quand j’aurai changé, je te le ferai savoir. Je te souhaite une bonne santé, bonne prospérité pour l’avenir lointain. Reçois d’un ami qui pense à toi toutes ses amitiés. Bonjour à tes parents. Henri ».

Photo servant de carte postale.

« Mon cher Henri Je t’ai écrit il y a une quinzaine. As-tu reçu ma lettre ? je t’envoie ma belle gueule. Tu pourras admirer sur la carte. je sais que tu t’es engagé aux Dragons. Tu as bien fait ; je m’attends à partir d’1 jour à l’autre. A te lire bientôt, ton copain qui te serre la main ». 

Monsieur le Maire

Cher Collègue

Vous devez bien dire que je suis paresseux de ne pas avoir eu l’honneur de vous écrire ; mais on été telment tracasser les 1ers temps d’être parti à la guerre que l’on ne pensait plus à rien. Je suis toujours en très bonne santé et je désire que vous et votre famille vous en êtes de même. Je suis avec quelques camarades de Couzeix…

Meur le maire, une cordiale poignée de main. Bien le bonjour à toute votre famille de ma part.

Martial Lemasson au 21ème d’Artillerie, 7ème section de munition 12ème corps armée Foch.