Journal de route du caporal Baudinaud

Le récit des campagnes d’un soldat de la Révolution

L’original de ce récit nous a été confié par M. Jean-Marc Gabouty, Maire et Conseiller général de Couzeix que nous remercions vivement.
Ce carnet qui a suivi notre soldat tout au long de ses campagnes est particulièrement émouvant. Il est aussi particulièrement difficile à lire.
Une première transcription avait été en partie réalisée par Mme Gabouty de Compreignac dont l’époux était l’un des descendants de Baudinaud. Elle a été reprise et complétée en 2009 par Mémoire de Nieul. Vous trouverez le journal de route du caporal Baudinaud dans sa totalité dans l’onglet « Archives ».

Même si plus nombreux étaient les Limousins qui comprenaient le français, combien d’entre eux pouvaient-ils parler, puis écrire en français au XVIIIème siècle ?

Leur nombre était évidemment limité.
La famille de notre soldat fait partie du petit club de ceux qui le parlent, le lisent, certains l’écrivant aussi d’une façon remarquable. Notre soldat pour sa part a des difficultés, et pour comprendre le texte,il faut l’écouter. Cependant il semble bien que peu à peu il améliore la qualité de son récit. Vous ne trouverez donc pas ci-après une photocopie intégrale de son texte, mais tout en restant le plus fidèle possible à l’auteur, l’orthographe de nos jours, avec des tournures de son époque. En ce qui concerne les noms de lieux, très nombreux d’origine germanique que ce soit pour les campagnes en Allemagne ou en Suisse, ils ont été orthographiés par le militaire, le plus souvent sans doute, en fonction de la prononciation entendue.
Nous avons vérifié à l’aide de cartes détaillées, vérifié également à l’aide de Google Earth,vérifié enfin que le nom donné par les différentes recherches correspondait bien à la route des campagnes et du nombre de lieues parcourues.
C’est seulement après cet examen particulièrement long et difficile que nous avons modifié l’orthographe d’un nombre important de noms figurant sur le carnet. Pour ceux que nous n’avons pas pu identifier, nous avons reproduit ce que nous avons cru lire sur l’original.

Nous espérons un jour joindre des cartes qui vous permettront de mieux imaginer ce parcours. Mais visualisez-le à l’aide de Google Earth. Vous y suivrez les soldats en Suisse, dans ces nombreuses gorges dont parle le caporal Baudinaud et dont certaines ne voient le soleil que 4 heures par jour. Le passage de la neige et la glace éblouissantes à l’obscurité des gorges est saisissant. Et la difficulté du relief sans cesse affrontée s’ajoute encore aux misères de la guerre.

Notons enfin que c’est un extrait qui figure ci-après.
Il comporte le passage rappelant Guillaume Tell et l’essentiel de ce qui a été écrit après le retour au Petitmagneux.
C’est dans le thème Archives que vous trouverez le complément.

Route des campagnes 
du Citoyen Baudinaud 

Journal de route de Martial Baudinaud menuisier
demeurant au Petitmagneux, commune de Bessines.
Parti à la guerre en 1793,
Caporal à la
Compagnie des Grenadiers
du 2ème bataillon de la 84ème ½Brigade de ligne
24ème Division militaire
soldat et tambour

Ci-contre : un extrait du Journal de route du caporal Baudinaud.

La phrase qui suit figure sur la page de garde. Nous l’avons reproduite telle que nous l’avons comprise. La « mélancolie » mal dont serait affligé nombre de soldats à cette époque semble affleurer dans ses propos.

 

 

 

Route des campagnes ci dessus que Le Citoyen Baudinaud a fait 
en bataille et comprit de même sur les dits registres (…)
Toujours tenu et toujours aveugle dans mon erreur captive 
je ne sais si je pourrai parvenir au pays le plus doux.
Je ne puis penser différemment que le sort est malheureux 
que j’ai épousé au commencement de cette révolution qui 
altère mon tempérament, à moi et tous les autres qui en 
font la profession (…) la révolution qui était si cruel temps, 
pour la fatigue des batailles et pour celle des routes forcées.

An VII de la République
22 septembre 1798—22 septembre 1799

À la suite de ce carnet de route,notre caporal redevenu menuisier et agriculteur 
va nous confier,au travers de plusieurs poésies, ses sentiments et ses réflexions 
sur l’amour, la vie et la mort. C’est ce que nous trouverons ci après 

Citoyen je trouve à propos de mettre ces trois vers (strophes)
qui ont été chantés par La Belle Déliza lorsqu’elle quitta le roi
Je trouve nécessaire qu’après vous avoir fatigué les yeux à lire des choses qui ne font que vous rappeler vos anciennes souffrances vous serez bien charmés de vous délasser l’Esprit à chanter cette petite ariette que je crois vous ne trouverez pas mauvaise.
Salut et espérance Ariette 

Hélas ce fut en vain qu’une amante insensée 
Voulut contribuer aux plaisirs de tesjours 
C’était le doux espoir de mon âme abusée
Elle osait se flatter d’éternelles Amours 

Mon cœur trop jeune encor et sansexpérience 
Ignorait les dangers quiremplissent les cours 
J’en ai donc aujourd’hui, la fatale science 
Je sais qu’on n’y voit pas d’Eternelles Amours 

Je pars roi trop chéri, le devoir mel’ordonne
Puisse-t-il sur ton cœur régner ainsi toujours 
Suis avec fermeté l’exemple que tedonne 
Celle qui t’a promis d’Eternelles Amours

Nous trouvons également d’autres chansons ou poésies à la suite de celle qui a été annoncée précédemment. Il est évident que notre limousin a pu sans le vouloir transformer quelque peu ce qu’il a entendu et nous avons eu des difficultés pour restituer ce qu’il avait écrit

Chanson Nouvelle 

Oh seul objet de toute ma tendresse
dans ces beaux yeux s’écrit tout mon bonheur
quand je le vois ah ! quelle douce ivresse
Ses traits charmants sont gravés dans mon cœur

Me promenant dessous le vert feuillage 
en lui contant la douceur del’Amour
(mon tendre) vœu était de rendre hommage
à son auteur dans ce brillant séjour

J’ai son portrait, (c’est une)mignature 
A chaque instant je lui donne un baiser
Et dans la nuit je reprends sa peinture
Contre mon cœur je la mets reposé

Ah, si dans peu je reviens de la guerre
Je lui dirai, la serrant dans mesbras
Reçois les vœux d’un brave militaire
Et des lauriers qui ne flétriront pas 

Divine paix et celle que j’implore
Viens parmi nous ne t’éloigne jamais
Tu reverras l’amante que j’adore
Et tu feras le bonheur des français

C’est ce dernier texte qui nous a pris le plus de temps pour sa compréhension, 
sans que nous soyons assuré d’en avoir bien respecté les termes, et bien que l’esprit le soit.

Le plaisir ainsi que la peine
Tout passe avec rapidité
Notre vie n’est 
qu’une ombre vaine
Qui se perd dans l’Éternité 

A nos deux cœurs, 
la nourrice barbare
Nous offre un heureux avenir, c’est la mort 
La mort qui nous sépare,
Est pour bientôt nous réunir

Repose en paix ma Virginie
Le repos n’est plus faitpour moi 
Hélas, Hélas le monde 
entier sans toi
N’a rien qui m’attache à la vie