La famille Dorat des Monts

Les Monts, possession des Dorat. (50 ans de vie locale, 1780-1830. Par Mémoire du Canton de Nieul)

Les Monts, possession des Dorat. (50 ans de vie locale, 1780-1830. Par Mémoire du Canton de Nieul)

La famille Dorat compte parmi les siens, l’illustre maître de Ronsard et initiateur de la Pléiade qui aimait s’intituler :

« Jean Dorat poète limousin ».

Nous allons nous pencher sur le cas de deux frères, tous deux Gardes du corps du Roi, Jean-François, l’aîné, aussi premier maire de Saint-Gence comme nous le verrons plus tard, et son cadet, Etienne.

Jean-François Dorat

C’est un Etat du 4 février 1792 de la Compagnie Luxembourg des Gardes du corps qui nous donne le plus de renseignements sur la carrière, avant la Révolution, de Jean-François.

  • Né le 18 octobre 1737 à Limoges,
  • Lieutenant dans le Régiment Touraine Infanterie, il a participé à deux campagnes d’Allemagne était à l’affaire de Varebourg et au siège de Cassel où il perdit un cheval,
  • Entré aux Gardes du corps le 8 septembre 1766.

Un état antérieur – 1788 – indique :

  • Qu’il a rang de capitaine de cavalerie depuis 1781,
  • Et que son brevet de capitaine date du 1er avril 1788.

Il est chevalier de Saint-Louis depuis le 1er janvier 1785.
Entre temps, le 22 janvier 1765, il a épousé Marie-Anne Favard.

Etienne Desmonts Dorat

Il est né le 14 juin à l’Ile d’Oléron (pas plus de date).
Cavalier le 5 avril 1762 au Régiment du Roi.
Maréchal des logis le 15 avril 1763.
Entré aux Gardes du corps du Roi le 1er octobre 1768.

Nous savons encore par la liste de 1788 qu’il a rang de capitaine de cavalerie depuis le 1er octobre 1783 et que son brevet date du 1er avril 1788.

Il a épousé Marie-Thérèse Volondat, fille de bourgeois, seigneurs de la Chassagne, le 9 juin 1773.

Après cette introduction, reportons nous maintenant au 8 mars 1790, à Saint-Gence, dans l’église où a été célébrée la messe en l’honneur du Saint Esprit.

Après avoir prêté serment d’être fidèle à la nation, à la loi et au Roy, l’assemblée des citoyens électeurs va choisir : le maire, le procureur de la Commune, les officiers municipaux, les notables constituant l’administration communale, parmi les citoyens éligibles.

Jean-François Dorat des Monts, chevalier de Saint Louis, Garde du corps du Roi, Compagnie de Luxembourg est élu maire à la majorité absolue au 2ème tour.

Il émet cependant une réserve :

Messieurs, j’accepte avec reconnaissance cet honneur et la marque de confiance que vous me témoignez, mais je ne l’accepte que dans le cas seulement où la commune reconnaîtra que mes absences pour mon service, si je suis appelé, ne seront point un obstacle à mon élection.

L’assemblé n’en reconnait aucun et Dorat des Monts est élu maire par acclamation.

Celui-ci ajoute :

Messieurs, vous m’accablez de bonté, la reconnaissance remplit mon cœur. Si vous vous trouvez dans quelque embarras ou que vous ayez quelque défiance, adressez vous à moi comme au meilleur de vos amis, je vous instruirai, je vous rendrai justice et vous prouverai dans tous les temps que je mérite votre confiance.

Quelques mois plus tard Dorat de la Lande est élu commandant de la Garde nationale de Saint-Gence ; connu sous ce nom dans notre région, Etienne est toujours appelé « Des Monts », au service du Roi, sur les différentes listes que nous avons pu consulter.

C’est en présence de Dorat des Monts, maire, le 30 janvier 1791, que le curé Filliâtre prête le serment civique.

C’est aussi Dorat des Monts qui proteste le 10 mars 1791, avec la municipalité, contre la présence sur la liste des biens ecclésiastiques à vendre, de deux jardins qui auraient dû être conservés en faveur des curés.

Nous le retrouvons ensuite le 11 septembre 1791 pour la dernière fois à la mairie de Saint-Gence.

Son discours à l’Assemblée communale :

Messieurs, vous savez que lorsque vous m’avez honoré de la charge de maire, je n’ai accepté cette marque de confiance qu’autant qu’elle ne serait pas incompatible, ni préjudiciable à mon service près du Roi. En conséquence, je vous préviens, Messieurs, que je suis obligé pour mes propres intérêts et pour ne pas perdre trente trois ans de service que j’ai chez le Roi, de m’absenter pendant quelques temps que je ne peux limiter, attendu que j’ignore positivement celui que mes affaires demanderont.

L’assemblée donne un avis unanime :

Il peut prendre le temps nécessaire pour vaquer à ses affaires et concilier ses intérêts, mais aussitôt qu’il les aura terminés, qu’il fasse la grâce de se rendre au milieu d’eux. Ils ne nommeront point un autre maire jusqu’à ce qu’on soit informé et assuré que ses affaires ne lui permettraient point de revenir.

Est noté le même jour sur le registre :

Départ du sieur Dorat de la Lande, commandant de la Garde nationale pour le même motif.

Les deux frères ne reviendront jamais aux Monts.

L’on sait que la situation financière de la famille est mise à mal depuis au moins 1753. Leur mère,Anne d’Aubusson du Verger, est obligée de contracter des emprunts pour élever ses fils et permettre leur présence auprès du roi.

Année après année, la situation empire : incendie des Monts en 1756 (25 000 livres de dégâts). La famille vend ses biens pour rembourser difficilement ses dettes.

La mère, les femmes et les enfants de Jean-François et Etienne restent au château des Monts pendant les longues absences des deux frères. Anne d’Aubusson du Verger meurt en 1787, le 14 février. Les deux frères se partagent alors château et terres.

Il leur est donc difficile de refuser de reprendre du service auprès du Roi en septembre 1791, leur patrimoine étant de plus en plus appauvri.

Nous ne savons si ces seules considérations financières les poussent à quitter Saint-Gence.

Saint-Gence élit un nouveau maire le 17 novembre 1791.

L’année suivante, à la mi avril, l’inventaire du mobilier des deux frères est opéré.

Nous ne savons pas depuis quand ils ont quitté la France.

L’inventaire d’Etienne, sa femme présente, est daté du 16 avril 1792 ; celui de Jean-François, ses domestiques présents, du 17 avril 1792.

Les biens sont mis sous séquestre.

En 1793, suite à une lettre du comité de salut public établissant « un conseil de surveillance aux suspects émigrés », la famille d’Etienne se verra suspectée et mise en état d’arrestation dans leur propriété.

La même année, le fils aîné d’Etienne devient volontaire, ce qui n’empêchera pas le reste de sa famille d’être arrêtée.

En 1794, les propriétés des deux frères sont vendues.

Nous savons peu de choses en ce qui concerne le séjour à l’étranger de Jean-François et Etienne Dorat des Monts.

Tous les deux sont inscrits sur les listes d’émigrés du 30 juillet 1792.

Jean-François meurt le 16 mars 1793 à Düsseldorf.

Etienne meurt en Allemagne, le 6 octobre 1794.

Sur les demandes de leur famille, Jean-François et Etienne seront tous deux amnistiés le 26 juin 1803.